SAINT-MALO (AFP) - 10/06/2007 15h57

Une bouteille d'Anjou-Brissac est sortie de la mer le 10 juin 2007 à Saint-Malo

Tout au bout de la baie de Saint-Malo, assis sur des rochers face à la mer, des oenologues et des vignerons ont dégusté dimanche six Anjou Village de Brissac-Quincé (Maine-et-Loire) dont certains venaient de passer un an immergés sur les fonds marins parmi 600 bouteilles soumises à l'expérience.

Comme dans toute dégustation qui se respecte, ils ont fait tourner au fond du verre, humé, bu et recraché trois blancs et trois rouges, dont quatre avaient passé trois cent soixante cinq jours sous l'eau.

Les six experts ont reconnu sans hésitation, lors de cette dégustation "à l'aveugle", les vins immergés - deux blancs et deux rouges - soumis à leur palais en même temps que deux autres bouteilles identiques du domaine de Christophe Daviaud à Brissac.

La raison selon M. Daviaud: "les rouges immergés ont une évolution plus lente" que les rouges identiques non immergés et sont "partis pour être des vins de garde".

Dans les blancs immmergés, selon lui, on sent "plus le côté bois, le côté fumé de la barrique".

Yannick Heude, grand maître de cette cérémonie de relevage du vin immergé près de port Solidor à Saint-Servan, commune voisine de Saint-Malo, est du même avis et trouve en plus aux blancs immergés "une certaine fraicheur".

Caviste dans la cité corsaire, il a surveillé avec anxiété la remontée par le treuil du caseyeur malouin "Shangaïe" de deux énormes caisses en bois à claire voie, en partie disjointes et couvertes d'ormeaux, d'algues et de berniques, une opération délicate assistée par des pêcheurs professionnels d'ormeaux en combinaison de plongée.

Les six cents bouteilles, trois cents de rouge et trois cents de blanc - moins les quatre soumises à dégustation - ont immédiatement été acheminées vers l'île de Cézembre, au large de Saint-Malo.

Elles devaient y être vendues aux enchères au profit des Restaurants du Coeur et de la Société Nationale de Sauvetage en Mer (SNSM) dimanche en fin de journée.

Au même moment, six cents autres bouteilles - trois cents de Bourgogne blanc et trois cents autres de Crozes-Hermitage rouge aux goulots dûment protégés de cire dure - sont parties pour un an par dix mètres de fond, pour le plus grand plaisir de Yannick Heude et de ses trois amis, le conchyliculteur et mareyeur cancalais Emmanuel George, le marin professionnel Yann Le Nabour et l'ex-restaurateur René Suzanne, à l'origine de cette initiative.

En 2002, les trois compères, lors d'une dégustation, avaient jugé que ce qui les réunissait étaient "le vin et l'ivresse de la mer", et décidé de mettre des bouteilles "sous la mer" dans cette baie de Saint-Malo qui connait les plus grandes marées d'Europe.

"L'effet de vieillissement est différent de ce qui se passe à terre. On savait que c'était une bonne cave car, comme taux d'hygrométrie on ne peut pas trouver mieux, il n'y a pas d'UV et la température moyenne est stable, de 9 à 12 degrés en moyenne passé les 10 mètres", explique Yannick Heude.

"Ce qu'on ne savait pas, c'est l'effet des marées et des courants de huit noeuds (15 km/h) qui massent les bouteilles deux fois par jour. Elles amplifient l'évolution du vin, qui semble plus jeune quand il sort de l'eau mais a des arômes plus arrondis", .

"On a été conquis la première fois, et chaque année on veut recommençer", ajoute-t-il.